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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 13:43

Introduction

Ces dernières années les cours de Yoga sont de plus en plus nombreux, ce qui a pour effet de donner un paysage très varié concernant cette discipline. Elle est présentée souvent comme une simple technique de relaxation bénéfique pour la santé. Les cours sont souvent axés sur la prise de postures donnant l’impression que le Yoga est une simple gymnastique portant un nom exotique.
Lorsque j’ai commencé à pratiquer le Yoga, je me suis intéressé à ses origines ainsi qu'à son contexte culturel pour comprendre plus précisément de quoi il s’agissait. A travers ce texte, je me propose de partager le fruit de mes recherches. Je précise que je ne me place nullement en tant qu’autorité sur le Yoga et je vous prie d’avance de m’excuser pour les éventuelles erreurs qui ont pu s’insérer ici, malgré ma volonté de fournir un compte-rendu le plus sérieux possible.
Je remercie aussi Volute et Yunjana pour leur aide, en prenant si gentillement le temps de lire ce texte et de m'avoir permis de l'améliorer grâce à leurs conseils.


Yoga


Yoga est un terme sanscrit de racine YUJ qui signifie "joindre, atteler ensemble, unir". Dans d’autres langues d’origine indo-européennes, on retrouve la même racine en latin "jungum, jungere" et en français "joug, jonction, joindre". Le mot Yoga peut être interprété des façons suivantes :
- il peut signifier l’union entre le soi individuel (âtman) et le soi universel (brahman)
- il définit l’unification du psychisme, la cessation de la fragmentation mentale. C’est une maîtrise et une harmonisation de l’être à tous les niveaux : psychique, physique et spirituel.
A travers le mot Yoga est désigné tout un ensemble de techniques psychocorporelles regroupant des exercices respiratoires, prises de postures, méditation, etc. Ces pratiques ne sont pas apparues d’un coup mais sont le fruit d’une longue maturation à travers les millénaires.


La civilisation de l’Indus


Au début du XXème S., les archéologues ont découverts dans la vallée de l’Indus, des vestiges d’une très ancienne civilisation qui existait il y a 5 500 ans (entre – 3 500 et – 2 500 avant notre ère). Cette découverte est très importante, car elle nous oblige à repenser notre position par rapport au savoir des anciens qui est beaucoup plus étendu que nous ne le pensions. Dans les vestiges des cités de Mohenjo-Daro et Harappa, les chercheurs ont pu constater à quel point cette civilisation possèdait une grande connaissance des mathématiques. En effet, la structure des cités montre qu’elle savait faire preuve d’une grande ingéniosité. Les briques de terre cuite ont toutes le même format à tel point que la présence de joints est superflu. Les cités possèdent un réseau ingénieux d’évacuation des eaux usées, sûrement le premier au monde. Parmi les autres découvertes, les archéologues ont pu constater que cette civilisation était pacifique, car ils n’ont pas trouvé beaucoup d’armes ni de fortifications. Les objets retrouvés laissent à penser que ce peuple était très versé dans les concepts abstraits. Une forme primitive de jeu d’échec a été retrouvé, ainsi qu’un très grand nombre de figurines.
Ce qui est le plus étonnant, c’est que dans la structure des cités n’apparaît pas de bâtiment principal faisant penser à un pouvoir central et il y a aussi absence de grands temples, hormis un grand bassin qui devait servir aux ablutions matinales. Ce qui laisse à croire que ces cités vivaient en une sorte de communauté solidaire. La civilisation de l’Indus préserve un grand mystère, car son écriture reste pour le moment indéchiffrable. Aucun ordinateur et aucune étude linguistique n’ont permis d’en percer le mystère.
C’est ici, il y a 5 500 ans, dans la vallée de l’Indus, que le Yoga semble trouver ses plus anciennes traces. En effet, des figurines représentant des postures yogiques, semblent aller dans ce sens. Un sceau, représentant un dieu cornu en posture de méditation, est le plus caractéristique. Il fait penser à une forme archaïque du dieu Shiva de l’Hindouisme, d’autant que la découverte de symbole phallique comme le lingam, pierre dressée représentant la puissance créatrice, tend à appuyer cette thèse. Traditionnellement, dans l’Hindouisme, le lingam est associé à Shiva. Le fait que cette civilisation de l’Indus voue un culte à la Déesse Mère, tend aussi à montrer un lien avec la déesse Shakti de l’Hindouisme.
Les textes sacrés de l’Inde, les Vedas (entre env. 1800 et 800 av. JC), semblent avoir puisé leur inspiration dans ce peuple qui existait avant l’arrivée des indo-européens. L’idée que la civilisation de l’Indus aurait disparu à la suite d’invasions semble largement dépassée aujourd’hui. En fait, elle était construite en suivant un fleuve aujourd’hui disparu, le Saraswati. Ce grand cours d’eau aurait disparu à la suite d’un changement climatique qui aurait provoqué la migration du peuple de la civilisation de l’Indus. La perte des cités a provoqué un "glissement" des connaissances et des croyances vers les couches rurales, populaires ce qui a permis une préservation en partie d’éléments culturels. Ceux-ci vont alors inspirer les textes sacrés de l’Inde.


Eléments à la base du yoga et de l'hindouisme


Dans les Vedas, il est possible de trouver non seulement les traces de l’ancienne civilisation de l’Indus mais aussi les éléments de l'hindouisme qu'on retrouve aussi dans le Yoga.


Agni et Tapas


Déjà dans la civilisation de l’Indus, les rites liés au feu revêt une importance particulière, confirmée par les Vedas. Le feu, Agni, est principe de vie, de conscience, caché dans tous les êtres, en toutes choses.
" Il demeure occulte bien que ses flammes soient brillantes." (Rig-Veda, IV, 7,6)
Le feu s’obtient par le frottement de deux forces opposées, le bâton vertical avec le socle horizontal et représente l’acte de génération. Celui-ci se retrouve d’ailleurs dans le lingam, pierre dressée et symbole phallique, associé à yoni, symbole de la vulve, ce qui représente l’acte créateur. Tout ceci exprime l’idée d’allumer un Feu intérieur, c’est ce qu'on appelle faire Tapas. Le terme Tapas, qui a pour racine Tap signifiant "échauffer, devenir brûlant", s’applique donc à l’acte d’allumer un feu en soi et ceci se réalise par l’ascèse. L’effort constant et persévérant, qui peut être comparé au frottement du baton, rencontre les résistances de la nature individuelle avec ses activités psychiques dispersives, ses pulsions, ses peurs, ses failles.

Tapas exprime donc plusieurs éléments :

- l’ascèse impliquant un effort constant et persévérant. Ce n’est pas une mortification qui renie le corps, bien au contraire, c’est la production d’une chaleur psychique qui permet d’atteindre un autre niveau de l’être.
- la production par l’ascèse d’un Feu intérieur qui permet la purification du pratiquant dans sa structure profonde, mettant fin aux pulsions, aux mouvements psychiques faisant obstacle à l’unification de l’être. Une "cuisson" qui transforme le pratiquant en profondeur, une alchimie intérieure, qui le fait passer de la dimension profane à celle du sacré.
- Tapas se réfère aussi à la production de chaleur corporelle pendant la pratique des techniques yogiques.

Cette symbolique du feu se retrouve aussi dans les pratiques chamaniques, "la chaleur magique", avec notamment les rites de sudation. Ce qui laisse à penser que les pratiques yogiques trouvent, du moins en partie, leurs origines dans le chamanisme de cette région.
Le terme Tapas désgine donc l’ascèse comme une production d’une ardeur spirituelle intérieure et non pas une mortification ou l’application d’austérité malmenant dangereusement le corps.


Sacrifice, rite et intériorité


Dans le rite védique, le sacrifice prend une place importante. Le mot sacrifice vient du latin "sacrum facere", faire du sacré. L’acte sacrificiel est donc la création d’un espace et d’un moment où l’officiant se met en relation avec une dimension sacrée. Par ce biais, il peut alors être associé à l’ordre de l’univers. Dans le Vedas, l’homme est intimement lié au Dharma. Le mot Dharma, "ce qui soutient", a pour racine sanscrite dhar-, " tenir ferme", désigne les lois universelles, ce qui soutient le monde. Dans le Rig-Veda, le Dharma est la condition préliminaire à tout, "la matrice des êtres", qui possède en elle l’évolution ultérieure. Cependant, l’ordre cosmique subit des forces aberrantes qui voilent alors la présence du Divin. Le rita védique tend alors à se mettre en liaison avec une dimension divine, sacrée, afin de renforcer le Dharma et de lever les voiles qui masquent le Divin. Rita s’apparente au sanscrit ritu qui signifie "saison" et au français "article". Le rite sacrificiel désigne donc bien un moment où notre temps est lié à une dimension plus vaste et où l’acteur devient un "deux fois nés". Né une première fois de façon biologique et né une deuxième fois de façon sacrée, une naissance spirituelle. Celle-ci, dans la religion védique est obtenue par le rite et extérieur à soi.
Lorsque la pensée indienne prend conscience que pour accomplir le rite védique, il est nécessaire de mettre une partie de soi dans la balance afin de pouvoir créer le sacrifice, se relier au sacré, les textes qui suivent les Vedas, les Upanishads, vont développer l’aspect intérieur du rite, l’intériorité. Le sacrifice rituel devient alors un sacrifice intérieur.


Le souffle, la parole, le silence


Si un élément participe bien au sacrifice intérieur, c’est bien le souffle. Il est intimement lié à notre attitude mentale et les premiers ascètes ont rapidement dû en prendre conscience. Le spirituel est lié au souffle comme en témoigne son étymologie. "Esprit" vient du latin spiritus, du verbe spiro, in-spiro, ex-spiro, re-spiro. En sanscrit, aniti, ânayati, "respirer" proviennent de la racine an- qu’on trouve aussi dans âtman (le Soi) et prâna (souffle, respiration). Avant de parler de ces deux derniers termes, il est intéressant de voir que dans d’autres langues d’origine indo-européennes, on retrouve le même lien entre le souffle et l’esprit. Du grec, "anemos" signifiant vent et du latin "animus", on arrive à l’allemand "atmen" qui signifie aussi respirer. Il est donc possible d’établir un lien, à travers ces différents termes, entre l’âme, l’esprit, et la respiration que nous retrouvons aussi dans la tradition judéo-chrétienne où Dieu insuffle la vie à l’homme. Dans la pensée indienne, l’âtman, le Soi individuel, est relié à brahman, le Soi universel, par le souffle. Prâna (souffle) est défini comme un principe de vie invisible tout autour de nous. L’être baigne littéralement dans le prâna et prend conscience que le souffle ne lui appartient pas, mais provient d’ailleurs. Etre inspiré signifie donc être à l’écoute d’une vibration originelle. Travailler sur le souffle c’est agir sur nos facultés psychiques, sur notre conscience mais aussi créer un lien particulier avec l’univers, avec brahman. Dans la Kena Upanishad : "Ce par quoi la respiration est conduite, c’est cela le brahman, sache-le" (I,8). Dans la Kaushitaki Upanishad : "C’est le souffle, le Soi conscient qui, s’étant emparé de ce corps, le fait se dresser… Car tous deux résident ensemble dans ce corps et le quittent ensemble" (III, 3) Quant à l’âtman : "Le souffle naît de l’âtman. Comme l’ombre sur un homme, ainsi le souffle est étendu sur l’âtman" (Prashna Upanishad, III, 3) Le Soi, âtman, est donc une conscience inspirée liée à brahman.
Un autre aspect du souffle est la parole, le son. "Voici l'astreinte instituée par Praterdana. On l'appelle l'agnihotra intérieur. Aussi longtemps qu'un homme parle, il ne peut pour autant respirer ; alors il offre son souffle dans la parole. Aussi longtemps qu'un homme respire, il ne peut pour autant parler : alors il offre la parole dans le souffle. Ces deux oblations éternelles, immortelles, il les offre continûment, qu'il veille ou qu'il dorme. Les autres oblations, elles, sont limitées (dans le temps), car elles consistent en actes." (Kaushitaki Upanishad, II.5)
Déjà dans les Vedas, la parole est considérée comme créatrice. Elle provient de la vibration originelle, elle est manifestation de ce qui est invisible, de brahman. A la parole est liée le silence et c’est cet aspect qui est mis en avant dans la quête de l’intériorité. En faisant silence, c’est le sacrifice intérieur, c’est se relier à l’inexprimé, au non-manifesté.
Le sage est appelé "mauna", le silence, l’état de celui qui est un. Mauna s’apparente aussi au grec monos, "un" et "seul" et au français moine. Par le silence intérieur, le sage met fin à la fragmentation mentale et peut alors unifier son esprit et se relier à l’inexprimé, à brahman. Certains textes védiques parlent d’une technique qui consiste à fermer les yeux, les poings, à ralentir sa respiration et de jeûner : c’est ce que nous retrouvons plus tard sous le nom de méditation.


Conclusion


S’il est possible à travers les différents textes sacrés de l’Inde de trouver des éléments appartenant au Yoga, il ne faut pas oublier que cette discipline est avant tout véhiculée par les ascètes. A travers les âges, ils ont permis la transmission des techniques yogiques tout en restant autonomes vis à vis de la religion orthodoxe. Celle-ci a essayé d’assimiler les différents éléments constituant le yoga en les intégrant dans leur point de vue. Mais le Yoga est avant tout une voie personnelle d’expérimentation directe qui ne nécessite pas l’adhésion à un système religieux. Certains auteurs pensent que le Yoga a subi une lente maturation dans le temps et qu’elle est visible à travers les textes. Seulement, il est important de savoir qu’en Inde, la mise par écrit d’idées et de pratiques ne correspond nullement à leur apparition. Le Yoga est apparu progressivement dans les textes parce qu’il a pris de plus en plus d'importance. Il est donc devenu difficile à la religion orthodoxe et institutionnalisée de ne pas prendre en compte cette voie.
Même s’il est difficile de tracer avec certitude et précision les origines du Yoga, différents éléments poussent à conclure que la voie yogique existait déjà bien avant les premiers textes védiques. Traditionnellement en Inde, on attribue les Vedas aux Rishis, les voyants. Ce sont des personnes qui ont atteint un niveau de conscience élevée qui auraient alors tenté de décrire leur expérience spirituelle à travers les mots. Ils seraient donc à l’origine des Vedas. La découverte de la civilisation de l’Indus est primordiale car elle semble confirmer l’existence de sources anciennes et des Rishis. Ils auraient fait partie de cette ancienne culture et lorsque celle-ci a quitté les centres urbains à la suite du changement climatique de la région, ils auraient alors continué à transmettre oralement leur savoir.Ce n'est que vers le IV ème S. av JC, que Patanjali va donner le premier traité de Yoga, les Yoga Sutras.
En tout cas, ce qu'il faut retenir, c'est que le Yoga a une place très particulière dans le paysage spirituel indien. Il est une voie de transformation intérieure profonde, pragmatique et autonome.

Ce texte représente donc la première partie du dossier sur le Yoga et la spiritualité indienne que je compte réaliser. Je continuerai par le Samkhya et le Yoga de Patanjali qui reste une grande référence dans ce domaine.


Sources bibliographiques


Mircea Eliade : le yoga, Immortalité et liberté, Bibliothèque historique Payot
Mircea Eliade : Techniques du Yoga, folio essais
Tara Michaël : Yoga, Points Sagesse
Ysé Tardan-Masquelier : L'esprit du yoga, Albin Michel

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Published by Yog - dans Yoga
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