Au fil des conversations sur les forums du net, j'ai rencontré diverses sortes de croyances et j'ai surtout vu à quel point les gens peuvent se déchirer pour des attachements à des concepts mentaux pour la plupart invérifiables. Je trouve ça terrible d'atteindre souvent un tel degré de violence pour des choses qui ne pourront jamais être démontrées. A la limite, croire en quelque chose n'est pas si dérangeant, mais refuser aux autres la possibilité de ne pas y croire, me parait quelque peu pénible et pas constructif. En gros, le discours devient "Pas le droit de critiquer, c'est ma croyance". Ca fait pas beaucoup avancer.
Pourquoi une telle réaction vive face aux critiques ? N'est-ce pas à cause du fait qu'inconsciemment la personne se rend compte de toute la subjectivité de sa croyance ? C'est plus confortable d'ériger sa croyance, de s'en convaincre et de refuser les critiques, sous de faux prétextes. Comme ça, l'autohypnotisation n'est pas troublée. A travers le net, il m'arrive de rencontrer des gens qui assument totalement la subjectivité de leur croyance. Le dialogue devient alors constructif, intéressant et on sent nettement qu'il y a une relation saine qui s'instaure, même si les différentes personnes ne sont pas d'accord entre elles. Ca arrive, mais c'est relativement rare, malheureusement. Ainsi, il est possible de discuter sur des sujets spéculatifs comme Dieu par exemple, de mettre à jour les "failles" dans nos raisonnements sans pour autant tomber dans le rapport de force d'imposer sa vision.
Est-ce utile de débattre sur des sujets dont il est impossible d'obtenir une réponse ? Oui et non. Non dans le sens où on ne trouvera jamais de réponses. Oui, parce que ça permet de comprendre le fonctionnement des croyances et des croyants. A mon avis, une croyance ne pourra jamais être démontrée, car c'est dans son essence même d'être invérifiable en raison de son caractère subjectif. La croyance cesse d'en être une à partir du moment où elle trouve la preuve de l'existence de l'objet de cette croyance.
Peut-on vivre sans croyance ? Oui je le pense et ce que j'essaie de faire dans ma vie. J'avance en essayant de mettre à jour tous les mécanismes que notre mental échaffaude pour créer des idées illusoires et construire notre conditionnement. C'est prendre du recul par rapport à nos pensées "involontaires", affiner le raisonnement en laissant de côté ce qui reste du domaine du spéculatif, se déconditionner. Je me concentre donc en priorité pour lever les illusions, comprendre le fonctionnement profond de l'être et je tente de rester vigilant afin de ne pas tomber dans la pensée rigide et dogmatique. C'est voguer sur ce que j'appelle le doute constructif qui "oblige" de rester toujours en mouvement, de garder un élan de vie, pour trouver un équilibre et une harmonie dans mon existence. C'est aussi essayer de voir au-delà des apparences, sortir de l'affectif (ce qui ne veut pas dire devenir froid, ça n'a rien à voir) et des croyances.
Dans la pensée indienne, l'origine de l'existence n'est pas vraiment recherchée, car elle part du principe que la condition humaine n'est pas en mesure de comprendre une dimension plus vaste. Elle préfère consacrer ses efforts pour échapper à la souffrance, plutôt que de trouver des théories spéculatives. La voie yogique me parle dans ce sens. Le Yoga permet de laisser de côté les spéculations et de se concentrer sur l'expérimentation, sur l'exploration de soi. Il est ainsi possible de comprendre son propre fonctionnement. C'est une voie pragmatique qui n'implique aucune croyance. "Connais-toi toi même" disait Socrate. Devait être yogin celui-là...