Pensées et réflexions.
Socrate était un accoucheur d'âme. Il pratiquait la maïeutique. En posant les bonnes questions, il lui était possible d'amener son interlocuteur à des prises de conscience. Les réponses n'étaient pas en soi tellement importantes, mais les questions étaient primordiales, car elles devenaient de véritables catalyseurs à la prise de conscience. On peut retrouver ce genre de procédé dans la philosophie zen, avec les koans qui visent à donner des chocs psychologiques afin de laisser derrière soi nos crispations et s'ouvrir à une nouvelle conscience. L'important réside donc dans les questions. Tout dépend du domaine par contre. Dans le domaine scientifique, par exemple, les réponses sont importantes. Ce n'est pas de ça dont il s'agit, mais plutôt d'un cheminement intérieur. Dans les temps anciens, le point important de la quête des alchimistes n'était pas de trouver la pierre philosophale, mais bien le chemin qui permettait à la personne de se transformer intérieurement. Savoir si la vie a un sens ou est le résultat d'un être supérieur, est finalement secondaire. Le questionnement, la recherche intérieure, permettent de mettre en lumière des parties de nous beaucoup plus intéressantes.
Lorsque Socrate nous dit "Connais-toi toi-même", il invite au questionnement, à s'observer, à réfléchir. Car pour se connaitre soi-même, il faut se plonger en soi, comprendre nos mécanismes intérieurs. Cette observation nous permet alors de se transformer, d'aller vers une attitude plus dynamique. Pour parvenir à une meilleure connaissance de soi, de nos comportements, de l'origine de nos pensées, non seulement l'observation est importante, mais se remettre en question, aller vers le questionnement, semble être un élément primordial. La prise de conscience peut passer par de multiples chemins. La réflexion, la méditation, la pratique philosophique ou spirituelle, sont autant de formes de questionnements, ou du moins devraient l'être.
Un enfant, au début, est curieux. Il a soif de connaitre ce qui l'entoure. Il pose des questions, cherchent des réponses. Avec le temps, cette curiosité s'endort, se tarit. La paresse intellectuelle fait son apparition et on attend des réponses, sans prendre la peine de faire l'effort à la réflexion. Les questions disparaissent, cédant la place à des certitudes, des croyances, des dogmes. Une certaine forme de savoir rassurant prend le pas, et se poser des questions devient presque louche, le doute est diabolisé. Pourtant, la curiosité de l'enfant permet un véritable voyage. Garder ses yeux d'enfant face au mystère de la vie et de l'univers, ne fait pas pour autant un doux rêveur déconnecté de la réalité. Qu'est-elle donc seulement ? Mettre sur tout des noms et des définitions donnent une fausse assurance et lorsque des données viennent contredire ces mêmes définitions, elles sont mises au placard, afin de ne pas rompre cette douce bulle illusoire. Garder l'émerveillement de notre enfance face au monde permet de quitter nos certitudes paralysantes pour aller vers une prise de conscience plus large.