Suite aux commentaires faits sur mon billet précédent, je continue donc mon raisonnement. En effet, de premier abord, j'ai commis l'erreur de suivre une idée exclusive sans pour autant voir les autres possibilités. Patanjali parle bien de vision erronée lorsqu'on ne parvient pas à voir les choses dans son ensemble. Le fait qu'un billet de blog est condensé ne se prête pas forcément à des études trop longues. Bref.
Je vais donc récapituler brièvement les éléments sur le journal intime et son utilité, puis extrapoler sur les blogs. Comme Elena l'a dit dans son commentaire, le journal intime sert avant tout à évacuer les choses qu'on a en soi. L'écriture devient un catalyseur qui permet de se libérer. Ainsi, il est possible non seulement d'exprimer ce qu'on a au fond de nous, mais aussi d'y mettre un certain ordre afin d'y voir plus clair. Ca permet alors de comprendre nos mécanismes, nos émotions et éventuellement d'aller à la source de tout ça. Donc, même sans être lu, un journal intime trouve son utilité, là-dessus il n'y a rien à redire. Maintenant quelle utilité peut-on trouver à se faire lire et surtout peut-on tout faire lire ? Je pense qu'il n'est pas souhaitable, ni nécessaire de faire lire ses plus intimes pensées. Après tout, je crois qu'il est important de garder en soi une part de jardin secret, quelque chose qui n'appartient qu'à soi. Donc, à partir de là on pourrait croire qu'il n'y aucune utilité à se faire lire. Mais, dans mon idée, je pense qu'on peut continuer le processus. En effet, sans pour autant reprendre texto ce qui est écrit dans un journal intime, il est possible de faire ressortir le fruit de l'introspection sous forme de réflexion plus généraliste, tout en l'alimentant d'expériences vécues. Ainsi, il est possible de continuer le raisonnement et de le soumettre aux réactions d'éventuels lecteurs. Il est évident alors que le journal intime n'en est plus un. Les blogs se prêtent à merveille à cet exercice-là. Ils permettent une certaine facilité d'écriture et de diffusion et ainsi, ils peuvent toucher un public relativement large. Ce qui devient intéressant, c'est lorsque les lecteurs réagissent et amènent de nouveaux éléments. D'une démarche individuelle on passe à une démarche collective.
Personnellement, je ne tiens pas de journal intime et le court essai que j'ai pu faire, m'en a dissuadé. En effet, lorsque j'écris, j'ai toujours en tête le lecteur potentiel. A partir du moment où j'écris quelque chose sur moi, je sais que ça peut être lu. Donc, si je ne veux pas être lu, je n'écris pas. Mon blog ne joue donc pas le rôle de journal intime. Par contre, j'essaie de partir d'expériences vécues, de pensées intimes, afin d'alimenter l'écriture de mes réflexions. (je n'aime d'ailleurs pas cette expression "mes réflexions", car je n'ai jamais réellement trouvé qu'on peut posséder une chose aussi abstraite qu'une pensée) Le fait d'avoir des interactions avec d'éventuels lecteurs me permet d'approfondir encore plus les réflexions. Je vois ça comme un partage, un échange. Ce que j'écris peut être utile à certains, tout comme certains blogs que je lis m'interpellent et me font réfléchir. Je trouve cela très enrichissant.
Le journal intime n’est pas vraiment ma tasse de thé, pas plus que sa version blog, mais comme j’aime te lire, je me dois aussi d’alimenter le thème que tu développes.J’ai la chance d’avoir des amis (que j’appelle mes frères et sœurs) à qui je peux tout dire de mon misérable « petit tas de secrets ». Donc, le besoin de parler de moi est assouvi bien avant l’écriture. Cela me permet de penser à autre chose. Ce n’est pas que j’exècre le genre mais il demande un tel talent que les bons textes sont rares dans les librairies; a fortiori sur le net qui ne connaît pas la censure des éditeurs. Je parcoure ma bibliothèque et je ne vois que peu d’ouvrages appartenant à cette catégorie qui ont survécu au besoin de place sur les rayons: Rousseau et ses Confessions, Julien Green, son journal de 1928 à 1958 et… Jean Edern Hallier, ses Carnets impudiques.Passons sur les prétentions rousseauistes.J’extirpe de l’ouvrage de Green une coupure du Monde datée du 7 septembre 1993. Que dit-il de l’écriture de son Journal qui nous intéresse ici ? A la question de Laurent Greilsamer qui lui demande : « Vous-même, vous ne publiez pas tout. Ne retenez-vous pas beaucoup de passages ? », ce grand diariste répond : « Cela doit être considérable. Tout n’intéresse pas le public. Il y a beaucoup de parties qui n’ont pas paru. Des choses très personnelles. Le Journal que l’on publie, c’est un choix. Si je publiais tout, cela pourrait être monotone. Il y a des répétitions. » Voilà un écrivain qui avait de la considération pour son lectorat.Il faut aussi du talent, me semble-t-il, pour écrire un Journal que l’on se propose de donner à lire. C’était le cas de Jean Edern Hallier, un écrivain dont la démesure était si sincère que je le supporte mieux que bien d’autres écrivains (illusoirement) plus mesurés. Exemple d’une page de journal de lui, bien écrite :10 avril (1986) – La vraie mesure d’un homme, c’est sa capacité à refuser ce que les autres prennent pour désirable.Et c’est tout pour ce jour-là.Voilà quelques réflexions susceptibles peut-être d’alimenter ce débat.Amicalement,Marc