Dans la vie quotidienne, on est tout le temps soumis au devenir. On change sans cesse, balloter par le mouvement de la vie. Mais ce n'est pas le seul mouvement, il y a aussi celui de nos projections mentales. Dans notre mental, on échaffaude des projets, des multiples possibilités de devenir. Ces projections peuvent être utiles, car il est important de pouvoir se projeter un tant soit peu dans l'avenir, mais elles apportent aussi un décalage entre la réalité de l'être et nos aspirations profondes. Nos projections idéalisent l'avenir et nous coupent du même temps, de ce qui nous vient de l'instant présent qui est généralement différent de l'image que nous nous en étions faits. Arrive alors un conflit intérieur entre l'acceptation de la réalité présente et l'attachement à nos projections mentales. C'est une phase douloureuse remplie d'incertitudes.
Un exemple concret. Depuis des années, j'aspire à devenir un concertiste. Au fil du temps, je me rends compte que même si j'arrive à mon objectif, celui-ci ne correspondrait pas à mes aspirations profondes, que je serais en décalage avec mon être. Mais en même temps, j'ai du mal à lâcher cette idée, car peut-être que je me cherche des excuses qui justifiraient l'abandon de cette quête. D'où un tiraillement entre l'envie d'aller au bout des choses et de l'autre, abandonner l'idée et suivre le moment présent. Je crois que tout le monde subit ce genre de conflit intérieur un jour ou l'autre. Nos vies sont remplies de projections qui nous coupent du contact avec notre présent. Faire silence en soi permet alors de s'établir dans un état d'être et non plus de devenir. Un équilibre à trouver.